Jon Winroth après la remise de la distinction de
Chevalier de l'Ordre du Mérite Agricole le 30 mai 2004

Jon Winroth
Photo : Nathalie Broneer

Jon Winroth
(1935-2006)

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Jon Winroth, journaliste du vin en France, américain d'origine suédoise, est né à Athènes le 13 novembre 1935.

Deuxième fils d'Oscar Broneer, un émigrant suédois devenu professeur d'archéologie aux États-Unis, Jon Winroth passe une partie de son enfance en Grèce. Il fait ses études aux États-Unis, où il rencontre sa femme Doreen. Grâce à une bourse Fulbright d'une durée d'un an, il débarque en France en 1956 avec sa femme à bord du paquebot « Liberté ». Il faut croire qu'il s'y est plu : après deux enfants et une carrière internationale de journaliste du vin, il habitait toujours en France.

Satyre

Jon Winroth Broneer commence par faire des études de français, pour lesquelles il obtient sa bourse d'étude et son départ pour la France. Il est même question d'un Doctorat d'Université à la Sorbonne sur l'histoire d'Ali Pacha de Jannina. Il consacrera deux années (de 1964 à 1966) à faire des études de terrain dans la région grecque de l'Épire, détaillant les châteaux-forts construits dans la région par Ali Pacha.

Mais depuis déjà dix ans qu'il habite en France, il s'intéresse de plus en plus à la gastronomie et au vin, encouragé par des amis rencontrés au tout début de son séjour. Ayant passé sa première année française à Poitiers, il vient ensuite s'intaller à Paris, d'abord rue de Vaugirard, puis rue du Cherche-Midi, et enfin rue du Vieux-Colombier où il habitera près de trente ans jusqu'en 1991.

Life is too short to drink bad wine

Jon Winroth publie son premier article sur le vin le 31 janvier 1967 dans le New York Times (édition internationale), en utilisant comme pseudonyme ses deux prénoms, dont le deuxième (Winroth) veut dire « racine de vigne » en suédois. L'article portait sur la Coupe du Meilleur Pot, une distinction remise chaque année par la revue gastronomique La Table et la Route et l'Académie Rabelais à un bistrot parisien pour sa promotion des vins d'origine. Jusqu'en 1982, il publie régulièrement des articles dans ce journal, qui deviendra fin 1967 l'International Herald Tribune.

Entre la fin des années 60 et le début des années 70, Jon Winroth traduit des articles de la Revue du Vin de France (RVF) pour son édition en anglais. Il participe aux événements de la RVF et aux tournées de dégustation, et poursuit sa formation vinicole auprès notamment d'Odette Kahn (éditrice de la revue), ainsi que de Richard Olney et de Robert Gauffard, tous deux dégustateurs renommés contribuant à la RVF.

1935 Naissance le 13 novembre à Athènes (Grèce)
1956 Départ pour la France
1967 Premier article sur le vin dans le New York Times International
1968
1970
Naissance de ses enfants Eric et George
1972 Académie du Vin, fondée avec Steven Spurrier
1973 Début des dialyses
1979 Ecrit pour la première fois en français dans Lui
1990 Création de La Cote des Vins
2004 Chevalier de l'Ordre du Mérite Agricole

Son premier fils Eric naît en 1968, suivi de près par son deuxième fils George en 1970.

En 1972, il fonde avec Steven Spurrier l'Académie du Vin où il donnera de nombreux cours de dégustation. L'Académie du vin se rendra célèbre en 1976, à l'occasion du bicentenaire de la Déclaration d'Indépendance américaine, pour avoir organisé une dégustation à l'aveugle des meilleurs vins français et californiens. Contre toute attente, ce sont des vins californiens qui sont sortis premiers (de justesse).

En mai 1973, Jon Winroth suit un cours intensif d'œnologie destiné aux viticulteurs et dirigé par le Professeur Émile Peynaud à l'Université de Bordeaux. Il était hébergé chez un courtier en vins, M. Wainstein, qui lui infligeait chaque soir une dégustation à l'aveugle d'une dizaine de vins. Après avoir subit ses cours intensifs toute la journée, il trouvait ces exercices insurmontables et se trompait systématiquement. « Je n'arrivais plus à distinguer un beaujolais d'un bordeaux ! ». Le dernier soir, le miracle se produit : il devine chaque vin avec exactitude, y compris un « vin pirate » étranger qu'il identifie comme n'étant pas un vin français. Cette dernière épreuve lui fit presque autant plaisir que le certificat du Professeur Peynaud !

Fin 1973, Jon Winroth tombe gravement malade : il est hospitalisé en réanimation dans le coma des suite d'une maladie génétique qui empêche peu à peu ses reins de fonctionner normalement. Malheureusement, il s'agissait d'un processus irréversible : pour se maintenir en vie, il lui faudra désormais subir des séances bi-hebdomadaires de dialyse avec un rein artificiel, une machine compliquée qui « nettoie » le sang des déchets accumulés pendant plusieurs jours. Mais il ne se laisse pas abattre, et il apprend rapidement les techniques nécessaires pour réaliser les dialyses à domicile, aidé de sa femme Doreen, qui en plus d'assumer psychologiquement et financièrement la famille pendant quelques mois, doit apprendre à faire l'infirmière. Un journaliste du vin qui ne peut pas pisser, on peut dire que son destin ne manque pas d'à propos…

En 1979, il est invité à une conférence de néphrologie par le Professeur Robert Swenson de l'Université de Stanford, en Californie, pour parler de sa méthode de dialyse très personnelle qui privilégie les dialyses longues avec des intervalles longs entre chaque dialyse (on fait habituellement le contraire). Il réussit à trouver le temps, entre les conférences et ses dialyses, pour visiter 17 vignerons californiens. A l'aéroport, en rentrant avec ses 13 bouteilles, il passe tranquillement par le portillon « Rien à déclarer ». Les 13 bouteilles feront l'objet d'une dégustation mémorable au Trou Gascon, chez Alain Dutournier, et d'un article dans Lui qui contribuera à l'intérêt croissant qui était porté pour les vins californiens.

Revue du vin de France

Cuisine et vins de France

C'est donc en 1979 que Jon Winroth commence à rédiger des articles en français pour la presse française, en commençant par cet article pour le magazine Lui, dont le rédacteur d'alors, Jean-Pierre Binchet, concevra ensuite une rubrique mensuelle spécifique. Sa participation à ce journal fut controversée, et ses collègues lui servirent la « soupe à la grimace » pendant près d'un an. Puis on lui demanda d'écrire des articles pour Cuisine et vins de France et la Revue du vin de France. Sa rubrique du « vin du mois » dans Lui passa progressivement à une rubrique hebdomadaire dans le magazine Elle en 1985, ce qui fit dire à certains en plaisantant que Jon « marchait à voile et à vapeur. »

Il continue en écrivant dans La Table et la route et Elle International, en plus de ses rubriques habituelles dans l'International Herald Tribune, la Revue du vin de France et Cuisine et vins de France.

Cette même année 1979, Jon Winroth fait le compte-rendu d'une dégustation peu banale d'un Lafite-Rothschild de... 1799.

Lui

On faillit en venir aux mains avec un article incendiaire sur les rosés de Provence publié en 1979 dans Lui, dans lequel il critique sans ménagement la médiocrité et le laisser-aller de toute une région dont le potentiel vinicole est pourtant immense. Les menaces de procès seront finalement sans suite, mais la publicité pour les côtes de Provence changera de ton en insistant plus sur les rouges et les blancs que sur le rosé. La franchise de ses articles va lui conférer peu à peu une solide réputation de critique intransigeant dans les cercles œnophiles. Steven Spurrier décrira son style dans Decanter comme étant « vociferously vocal » (d'une franchise véhémente).

Le Poireau, médaille du Mérite Agricole

En 1981, les éditions du International Herald Tribune publient son livre « Wine as you like it », dont le but est d'ouvrir l'amateur au monde du vin.

Il fait la connaissance de Jacques Dupont, alors rédacteur du magazine Gault & Millau, et crée avec lui et Pierre Crisol, en 1990, une lettre d'information destinée aux professionnels du vin : La Cote des Vins. Celle-ci rend compte régulièrement des résultats de dégustations et des commentaires des trois auteurs, dégustations qui frôlaient le stakhanovismes avec parfois 200 vins dégustés en une seule journée.

Les enfants ayant grandi et quitté le domicile familial, et le bruit et la fureur de Paris ayant moins d'attrait que par le passé, Jon Winroth et Doreen suivent la ligne de TGV Paris-Tours, alors en construction, et trouvent une maison avec une belle et grande cave taillée dans le calcaire près de Montoire-sur-le-Loir, dans le pays des coteaux du Vendômois. Il suivra de près l'évolution de cette charmante appellation et partagera la joie de ses amis vignerons lorsque la région accèdera enfin au statut d'Appellation Contrôlée en 2000. Il continuera d'écrire ses articles, goûtant les échantillons qui arrivent par la Poste et par transporteur, envoyant ses articles par fax, jusqu'à ce qu'il décide de prendre sa retraite en 2000.

Il se voit attribuer la Médaille du Mérite Agricole (aussi connu sous le nom de « poireau ») en 2004.

Jon Winroth est mort à la clinique Saint-Gatien à Tours le 15 juillet 2006, à l'âge de 70 ans, des suites de complications de sa maladie rénale.

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